
De l'utilisation des PRÉNOMS et de l'utilité des SURNOMS

Au XVIIIème siècle, les déplacements étaient, pour la plupart des habitants, rares et limités à quelques heures, voire à une journée, de marche. En conséquence, les patronymes sont restés "localisés" autour d'un village et il est fréquent de trouver plusieurs personnes portant le même nom, mais aussi souvent le même prénom.
J'ai eu la curiosité d'examiner une base de données personnelle, pour voir quels étaient les prénoms les plus employés. L'échantillon concerne 3200 actes du XVIIIème siècle dans les paroisse de Limeuil, Campagne, Saint Cyprien et Liorac. Limeuil représente un exemple de bourg ancien, au carrefour de la Dordogne et de la Vézère, Campagne est un vlllage beaucoup plus petit, Saint Cyprien est une petite ville et Liorac est un bourg niché dans la campagne à l'ouest de Bergerac. Ceci ne constitue pas une étude statistique puisque l'échantillon est à la fois limité en taille, dans le temps et dans l'espace. Néanmoins certaines tendances se dégagent clairement.
Voilà les résultats: le prénom correspond à "l'acteur" principal de l'acte, le nouveau né, le défunt ou les mariés et le chiffre correspond au nombre de fois où ce prénom apparaît dans les 3200 actes. On constate tout de suite que des prénoms sortent du lot: Jean, à une majorité écrasante, puis Pierre et pour les filles Anne, Marie et Jeanne. Vous trouverez dans une page suivante des statistiques réalisées à partir des données plus importantes de la base Perigen
Les prénoms masculins:
Jean 959
Pierre 315
François 128
Antoine 99
Léonard 95
Elie, Hélie 64
Bernard 43
Louis 45
Guilhaume 41
Gabriel 31
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Les prénoms féminins:
Anne 464
Marie 338
Jeanne 311
Marguerite 155
Françoise 73
Catherine 84
Toinette ou Antoinette 48
Peironne, Peyronne, Peyroune 30
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Les autres prénoms masculins : Arnaud, Bertrand, Jacques, Joseph, Clément , Charles, David, Géraud, Girou , Guillou, Henry, Isaac, Martial, Mathieu, Michel, Marc, Paul , Raymond, Tiene ou Etienne, Simon n'apparaissent que dans moins de 1% des actes.
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De même les autres prénoms féminins: Bernarde, Pétronille, Marthe, Magdeleine ou Madelaine, Paule, Isabeau, Hélaine ou Hélène, Elisabeth, Gabrielle, Guillonne ou Guilloune ne représentent que moins de 1% des actes.
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Donc souvent dans même village un même patronyme était associé à un éventail de prénoms limité!
Les choses se compliquent donc et il n'est pas rare de trouver des actes du genre:
"... est né Jean bouchier fils de jean bouchier, parrain autre jean bouchier oncle paternel" (1750 paroisse de St sulpice du Bugue). On se trouve donc en présence de deux frères qui portent le même prénom et le fils de l'un, portant naturellement celui de son parrain, a le même prénom que son père!
"....sont nées Marie et Marie Laloge, deux soeurs jumelles, filles de Girou Laloge et de Marie Fournier" (1755, Limeuil). Dans le cas présent, les parents ont trouvé, peut être dans l'urgence, deux marraines s'appelant Marie. Mais d'une façon générale, il n'est pas rare de rencontrer, vue la concentration des prénoms des parrains et marraines potentiels, plusieurs enfants d'un même couple portant le même prénom.
J'ai aussi trouvé l'exemple de deux Léonard Barret, mariés à deux Jeanne Delprat, et habitant le même hameau! Seule différence, l'un était laboureur et l'autre "cardayré"!
On peut donc se demander comment se faisait l'identification au sein d'un même village ?
Sans doute il existait d'abord une mémoire collective au sein d'un village. Qui n'a entendu une grand mère expliquer sans hésitation une parenté éloignée sans se perdre dans les dédales des cousins et des alliances.
L'autre façon de distinguer les personnes portant le même patronyme, et le même prénom était de leur attribuer un surnom. C'était le "jeantou de peyreblanque" ou le "pierrichou de la jeanne". Ce pouvait être aussi des surnoms malicieux qui soulignaient un défaut physique ou moral. Dans les actes paroissiaux, le curé donnait en général beaucoup de précisions sur le hameau d'origine, sur la parenté ( jean, fils second), sur le métier ou mentionait le surnom attribué par le village.
En effet, les patronymes étaient parfois suivis de "dit X". Les surnoms sont répartis de façon très inégale suivant les villages ou les époques, certainement en fonction de la diversité ou la concentration d'un même patronyme, lorsque le besoin d'identifier les gens se faisait davantage sentir. Curieusement ils ne semblent attribués qu'aux hommes.
Voici quelques surnoms, relevés au cours de l'année 1750 au Bugue
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Jean Coste dit Carbon
Leon Taillarda dit St leon
pierre ... dit mergicet?
leonard ferragaudie dit pialete
pierre maiyranie dit teyssier (tisserand)
henry pomeiret dit jandillou
pierre reigner dit philemon
jean lagorce dit guerrier marchand du present bourg
bernard dourliat dit pelot
pierre faure dit calay (le calier s'occupe du chargement des bateaux)
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jean eymeric dit biron
leonard couder dit caguelane
pierre lafarge dit garrigou
leonard teuler dit brinet
simon rey dit simounet
helias delbreil dit cabanel
helie marandou dit bandarvet
joseph rey fils de pierre rey dit pasquet et de jeanne pasquet
pierre bezangier dit peyroutou
pierre rey dit planteu jardinier du Sr...
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Il faudrait chercher des indices dans tout le registre pour comprendre l'origine et la signification de ces surnoms et ce n'est pas le but de cette page. Néanmoins, même sur un exemple aussi ponctuel, on peut distinguer plusieurs catégories de surnoms:
- des diminutifs occitans:jandillou, simounet, garrigou, peyroutou
- certains rappelant un métier teyssier, calay, planteu
- une caractéristique personnelle, une habitude ou une histoire : peut être caguelane, brinet et St Léon
- associant un autre patronyme: pasquet (le nom de sa femme), cabanel
- Les serviteurs, métayers ou bordiers étaient également "repérés" par la mention "métayer du Sr..."
Ces surnoms constituent un élément important pour distinguer des branches voisines et en particulier associer enfants et parents.

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