En 1908, la très célébre et prestigieuse revue scientifique "Nature" publia un petit article annonçant qu'un ouvrage de Jean Rey, publié en 1630, anticipait de près de 150 ans les découvertes de Lavoisier sur l'oxydation. En 1953, la même revue annonçait la publication d'un fac-similé des "essays" de Jean Rey.

 

Les Essais de Jean Rey 1630

Peu de temps après que Lavoisier eût présenté le compte rendu de ses recherches sur la calcination à l'Académie des Sciences, le chimiste français Bayen découvrit dans la Bibliothèque royale un petit ouvrage daté de 1630, dans lequel les découvertes et conclusions de Lavoisier apparaissaient anticipées de presque un siècle et demi. Il s'agissait des "Essays de Jean Rey sur la Recherche de la cause pour laquelle l'Estain et le Plomb augmentent de poids quand on les calcine".

 

Le travail de pionnier de Jean Rey sur l'oxydation

Jean Rey était un physicien français, né au Bugue, une petite ville près de Périgueux en Dordogne, où il exerçait après avoir obtenu son diplôme de médecin à l'Université de Montpellier en 1609. Son titre de gloire est qu'il anticipa, quelques 150 ans avant, les conclusions de Lavoisier annoncées pour la première fois en 1774, disant que l'augmentation de poids des métaux lors de leur calcination est due à leur combinaison avec l'air. Cependant Rey ne conçut pas cette combinaison dans le sens proposé par Lavoisier et à présent acceptée. Ces arguments ont été basés sur une seule expérience; mais par cette expérinece il affirma, en utilisant ses propres mots que "toutes les opinions contraires à la mienne seront absolument réfutées". Il discuta des effets de la calcination dans un petit livre intitulé "Essays".

 

Mais qui donc était Jean Rey ?

REY est un patronyme fort connu au Bugue. On trouve depuis des temps fort anciens, des marchands, médecins et notaires royaux portant ce patronyme.

Le Jean REY qui nous occupe est fils de Jean Rey marchand au Bugue et de Perrine Issartier. Ce couple avait trois fils, Jean Rey, l'aîné, maître de forges (forges de Mauzens et Miremont et du Bugue), Jacques Rey et notre Jean Rey, né aux alentours de 1584. Ce dernier, fit d'abord ses études à Montauban jusqu'à obtenir le titre de maître és arts de l'Académie de Montauban, puis entra à la faculté de médecine de Montpellier le 22 novembre 1605. Il obtint son diplôme de médecin le 20 mai 1609. Il exerça ensuite au Bugue comme médecin, tout en réalisant des expériences sur les métaux au sein des forges familiales. Jean Rey était donc médecin, mais aussi un esprit curieux et un fin observateur qui, comme nous allons le voir, devançait son siècle.

 

Son oeuvre :

Essays de Jean Rey, docteur en médecine, sur la recherche de la Cause pour laquelle l'Etain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine, publiés en 1630.

Jean Rey dédia ses travaux au haut et puissant seigneur Frédéric-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, prince de Sedan, qui avait en apanage la baronnie de Limeuil, dont dépendait le Bugue, lieu de naissance de Jean Rey.

 

 

Au XVIIème siècle, parmi les quatre élements connus, la terre, l'eau , l'air et le feu, seuls les deux premiers étaient considérés comme pesants. Les deux derniers étant qualifiés d'impondérables. Les travaux de Jean Rey sur l'oxydation ont eu lieu pour tenter de répondre à une question posée par un ami, Brun, apothicaire de Bergerac. La question était de savoir pourquoi certains métaux, quand on les chauffe augmentent de poids.

 

Voilà la réponse de Jean REY: le surcroit de poids vient de l'air

 

Voici l'histoire de ce petit livre:
Publié à Bazas en 1630 il resta peu connu, sinon à peu près ignoré. Imprimé à frais d'auteur, et probablement grâce à l'aide financière du duc de Bouillon à qui il est dédié, il fut sans doute tiré à un très petit nombre d'exemplaires et devint tout de suite très rare.

En 1775, Bayen, chimiste français, découvrit de livre dans la bibliothèque royale, alors que Lavoisier venait de faire part à l'Académie de ses conclusions sur la pesanteur de l'air. Il fait part de sa découverte à Rozier alors directeur de la publication du Journal de Physique, dans une lettre où il désigne Jean Rey comme le précurseur de Lavoisier.

En 1777, une réimpression fut réalisée par Gobet, un ami des Sciences et des Lettres.

Une édition nouvelle avec commentaire des Essays fut publiée en 1907 par Maurice Petit, pharmacien de première classe (Librairie scientifique A. Hermann, Paris)
Il fut également traduit en anglais, puis réédité en fac similé par Douglas Mckie en 1953 (un exemplaire se trouve au British Museum) . Actuellement seuls sept exemplaires sont connus.

 

 

Voici les conclusions présentées par Lavoisier en 1774

dans son MÉMOIRE SUR LA CALCINATION DE L’ÉTAIN DANS LES VAISSEAUX FERMÉS ET SUR LA CAUSE DE L’AUGMENTATION DU POIDS QU’ACQUIERT CE MÉTAL PENDANT CETTE OPÉRATION .

Mémoire lu à la rentrée publique de la Saint-Martin 1774. Remis le 10 mai 1777. (Mémoires de l’Académie des sciences, année 1774, p. 351.)

Il résulte des expériences dont j’ai rendu compte dans les chapitre V et VI de l’ouvrage que j’ai publié au commencement de cette année, sous le titre d’Opuscules physiques et chimiques, que, lorsqu’on calcine au verre ardent du plomb ou de l’étain sous une cloche de verre, plongée dans de l’eau ou dans du mercure, le volume de l’air diminue d’un vingtième environ par l’effet de la calcination, et que le poids du métal se trouve augmenté d’une quantité à peu près égale à celle de l’air détruit ou absorbé.

J’ai cru pouvoir conclure, de ces expériences, qu’une portion de l’air lui-même ou d’une matière quelconque, contenue dans l’air, et qui y existe dans un état d’élasticité, se combinait avec les métaux pendant leur calcination, et que c’était à cette cause qu’était due l’augmentation de poids des chaux métalliques.

 

On peut voir que les conclusions de Lavoisier sont les mêmes que celles de Jean Rey émises 150 ans avant !

 

Pour en savoir plus:

Le Dr Jean Rey du Bugue, G. Lafon, Périgueux, Imprimerie de la Dordogne, 1896

A. Sadouillet-Perrin, BSHAP, 1975, t CII, p 229.

Edition nouvelle, avec commentaire, des Essays fut publiée en 1907 par Maurice Petit