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Au milieu du XXème siècle, beaucoup de petites exploitations agricoles de Dordogne commencèrent à pratiquer la culture du tabac.

Jusque là, les fermes vivaient en autarcie et pratiquaient une culture de subsistance: la culture de céréales pour le pain, un peu de vigne pour la consommation familiale de vin et l'élevage de quelques bêtes, des boeufs pour le labour, un ou plusieurs cochons et quelques volailles. C'est dire que les rentrées d'argent étaient rares, provenant de temps en temps de la vente d'une bête, des oeufs ou des volailles sur un marché. Le tabac a été une révolution dans ces pratiques ancestrales en apportant chaque année au moment de la vente de la récolte une importante rentrée d'argent.

Cette culture ne nécessitait pas d'investissement important, juste la construction d'un séchoir à tabac, fait de planches noircies au goudron et que l'on trouve encore dans certaines fermes. Cette culture demandait une main d'oeuvre importante, qui était trouvée au sein même de la famille.

Après la plantation dans les champs vers le mois de mai , il fallait au début de l'été couper la fleur qui se trouve en haut de la plante (c'est l'écimage") pour que les feuilles se développent au maximum. Les plants étaient l'objet de tous les soins. Les fermes qui possédaient des champs près des rivières étaient favorisées puisque la possibilité d'arroser était importante pour la récolte et c'est pourquoi, on pouvait voir les plaines en Dordogne couvertes par les grands champs de tabac. Les orages de grêle étaient redoutés puisqu'en quelques minutes tout le travail de l'année pouvait être anéanti. La récolte se faisait pendant l'été, les plantes entières étaient suspendues dans le hangar pour sécher.

Puis, à l'automne, les feuilles étaient détachées, triées et mises en "manoques", et tout le monde participait...y compris les enfants. La manoque était un paquet de vingt cinq feuilles attachées ensemble par une dernière feuille. et il fallait avoir le coup de main...

Les "manoques" de tabac

Et puis c'était la livraison de la récolte, les inspecteurs classaient les chargements par catégories et ce classement conditionnait bien sûr le prix de la récolte. Les paysans rentraient avec les sous... et c'était la joie!

 

Nicotiana tabacum

Petite histoire du tabac

1492 Christophe COLOMB découvre le tabac à Cuba et l'importe pour la première fois en Europe.

1560 Le tabac triomphe en France grâce à Jean NICOT. Celui-ci, croyant à l'effet curatif de la plante, envoie de la poudre à la Reine Catherine de Medicis afin de traiter les terribles migraines de son fils François II. Le traitement a du succès et le tabac devient ainsi “l'herbe à la Reine” dont la vente sous forme de poudre est réservée aux apothicaires. En l'honneur de Jean NICOT on appelle le tabac à partir de maintenant “Nicotiana Tabacum”.

1674 Sous Louis XIV, COLBERT décrète le “Privilège de fabrication et de vente”, d'abord affermé à des particuliers, puis à la seule Compagnie des Indes. La tabaculture devient un Monopole.

1719 La culture est prohibée dans toute la France avec des condamnations qui peuvent aller jusqu'à la peine de mort.

1791 L'Assemblée Nationale déclare la liberté de cultiver, de fabriquer et de débiter le tabac.

1810 Avec Napoléon Ier, le Monopole exploité par l'Etat est rétabli.
A partir de 1816, l'autorisation de culture est donnée, petit à petit, à quelques départements.
1950 : Le tabac est cultivé dans 55 départements.

 

DE LA CULTURE DU TABAC EN PÉRIGORD ET DES AVANTAGES DE CETTE CULTURE POUR LA PETITE PROPRIÉTÉ

Annales de la société d'agriculture Sciences et Arts de la Dordogne XX, 1859

L'expérience de la plantation du tabac qu'on vient de faire en Périgord avec un succès qui a dépassé toutes les prévisions... il reste un bénéfice net, par hectare, d'environ 750 fr., somme qui représente plus du double d'une excellente récolte en maïs, peut-être même plus du triple.

Tout le monde sait que le tabac se sème sur couche, qu'il se repique en quinconces, qu'il exige plusieurs labours (sarclages, buttages ou binages), qu'il faut dècimer, le pincer ou ébourgeonner, l'effeuiller par le bas pendant qu'il est sur pied. Or, tout cela ne pouvant être bien fait qu'à la main, non-seulement ne demande le secours d'aucune machine, mais encore le repousse. Quand la plante est mûre, il faut la récolter, la faire sécher; détacher les feuilles de la tige, les manoir et les empaqueter. Comme les premières opérations, celles-ci ne peuvent pareillement s'exécuter qu'à la main. A part donc une bonne charrue pour préparer la terre, la production du tabac n'exige rien de cet outillage extraordinaire et dispendieux que la grande culture emploie pour l'exploitation des terres, et que le petit propriétaire ne peut pas se procurer. Le tabac est par conséquent la plante propre par excellence à la petite culture, et doit être considéré comme un immense bienfait pour le Périgord , pays essentiellement voué à la petite culture.

 

et aujourd'hui...

la Dordogne produit 23% de la production nationale (1700t pour 450ha cultivés par 327 producteurs). Le tabac procure une part importante du revenu global des exploitations, moyennes et petites, qui le cultivent, utilise une main d'oeuvre à la fois familiale et salariée. Toute la production transite par France Tabac, un groupement de producteurs reconnu par le Ministère de l'Agriculture.

Le département est bien representé dans la filière avec en plus:

- à Bergerac un musée (musée national du tabac) , un centre de recherche (l' Institut du tabac) et un centre expérimental (Périgord tabac)

- à Sarlat, l'usine de transformation de France tabac


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