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SOMMAIRE

LOCALISATION DU MOULIN

HISTOIRE DU MOULIN

VENTE COMME BIEN NATIONAL

CONTRAT D'AFFERME de 1807

Un grand merci à André Chavatte qui a fourni textes d'archives et documents sur ce moulin.

 

Dressé fièrement au bord de l'Isle, sur la commune de Douzillac, le chateau de Mauriac, construit au XVème siècle, flanqué de ses deux grosses tours rondes à machicoulis, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1948. Au pied du chateau le moulin de Mauriac, visible au fonds sur l'estampe.

 

 

 

LOCALISATION DU MOULIN DE MAURIAC

 

Vue du cadastre napoléonien de 1818

Le moulin était construit entre la terre ferme et une île. Une digue barrait la rivière assurant un débit d'eau suffisant pour faire fonctionner le moulin. Un bras d'eau contrournant une autre île permettait le passage des bateaux par une écluse.

 

Une vue aérienne du château et du moulin de Mauriac (www.geoportail.fr),

actuellement transformé en micro centrale électrique

 

HISTOIRE DU MOULIN DE MAURIAC

Un texte d'André Chavatte

source : « Les moulins à eau de la basse vallée de l’Isle entre Périgueux et Bénévent", mémoire réalisé en 1985-1986 par Mr Laurent POUPARD (Série BIB A 1427, AD24)

L’existence du moulin de Mauriac est attestée au 15ème siècle d’une part par l’intervention de Perrot JOUSSELY à Mauriac en 1489 afin de faire passer deux bateaux chargés de sel conduits par un nommé Timberlay, d’autre part par le procès entre Jean de Talleyrand et Bertrand de Grimoard, seigneur de Mauriac, en 1497.

En 1767, jusqu’au 4 août 1789, date à laquelle il sera saisi comme bien national, le moulin est la propriété de la Marquise de TALLEYRAND. Il se compose alors de trois paires de meules à grains, une meule à huile, un moulin à foulon et une maillerie pour les étoffes, mus par 5 rouets à cuve.
Il est racheté par Pierre LACOUR qui le loue par bail du 26 février 1807 aux sieurs Gabriel et Jean AUDEBERT.
Au 19ème et au 20ème siècle, il y a 4 meules à grains.
Entre 1853 et 1855, la construction de la voie de chemin de fer Bordeaux-Montluçon oblige à une démolition partielle du bâtiment.
Vers 1866, le nombre de moteurs est porté à 6 : l’un des deux propriétaires, le sieur LOUBET, installe, sans autorisation, un coursier, une cuve en bois et son rouet dans le pertuis (ancien « pas de roi »).
En 1902, le moulin n’abrite plus que 5 rouets à cuve. Le premier, dans le pertuis, actionne 4 blutoirs6, un aspirateur, un chasseur et un appareil de criblage. Les 4 autres mettent en mouvement chacun une paire de meules à blé ou à riz. Celui établi entre le mur ouest et le pertuis a été supprimé en 1898. La rizerie est règlementée le 28 novembre 1897 par un décret présidentiel qui impose de libérer le pertuis en ôtant le coursier et la cuve installés indûment.
Cette clause n’est effectivement réalisée qu’en 1911, par l’ouverture d’un nouveau coursier sous le bâtiment.
Entre 1923 et 1926, la rizerie est rachetée par 2 associés, MM HUOT et SIMONET, qui la remplace par une scierie : une grande scie alternative « Brentat » est installée à l’extérieur sous un vaste hangar parallèle à la rivière. Elle est d’abord actionnée par les rouets qu’un moteur « Poyaud » remplace ensuite. Ils servent alors pour une raboteuse et l’outillage annexe.
En 1933 ou 1934, les nouveaux propriétaires, MM BARDOT et LAPEBIE, conservent la scierie mais font de la fabrication de meubles l’activité principale. Le bois du Gabon et le pin sont acheminés de la gare de Neuvic à l’usine par des charrettes à bœufs. Ils sont ensuite travaillés par une trentaine d’ouvriers qui réalisent des chambres à coucher, des chaises, des portes et fenêtres ou des lames de parquet ou du lambris.
Vers 1940, une union de coopératives, les Artisans du Bois, remplacent MM BARDOT et LAPEBIE. La fabrication de meubles est arrêtée et remplacée par celle de baraquements, constructions en bois, légères et démontables.
Durant la guerre, pendant deux ou trois ans, l’usine fabrique aussi des semelles en bois (galoches).
Reprise par Mr R. LAPEBIE, fils du précédent, la scierie est définitivement abandonnée en 1959 car inondable et d’un accès difficile.
Elle est rachetée à la fin des années 1960 par Mr DESBORDES qui la transforme en microcentrale. Une première turbine est mise en place en 1969-1970 et une deuxième en 1982. Ces travaux nécessitent la destruction du plancher de l’étage, enlevé sur toute la moitié ouest du bâtiment.
Le propriétaire du moulin de Mauriac est la Société d’Etudes et de Réalisations Industrielles Electriques et Commerciales, DESBORDES et SERROT, 7, place de Strasbourg, 85100 Les Sables d’Olonne.


 

 

VENTE DU MOULIN DE MAURIAC COMME BIEN NATIONAL (19/4/1794)

 

Moulin : 3 paires de meules, 1 meule à huile et 1 foulon, 1 maison, 1 jardin et 1 chènevière, 8 journaux de pré (dont 4 sur un îlot), 6,5 de bois et 1 de vigne.
Ancien propriétaire : de TALLEYRAND
Adjudicataire : LACOUR fils
Estimation (en livres) : 18000
Prix de vente : le 19/4/1794 : 36000 livres en assignats soit 14400 livres en numéraires.

Chènevière : champ de chanvre
Journal : ancienne mesure de superficie indiquant la quantité de terrain qu’un homme pouvait labourer en un jour (environ 3850 m²)

 

 

 

CONTRAT D'AFFERME DU MOULIN en 1807

 

Le 26 février 1807 Bail à ferme du Moulin de Mauriac par Mr Pierre LACOUR à Gabriel et Jean AUDEBERT, frères,

par devant Arnaud REYMONDIE, notaire au chef-lieu de la commune et canton de Neuvic

 

le sieur Pierre LACOUR fils,.... déclare donner à jouir à titre de bail à ferme et location pour le temps et espace de neuf années complètes, consécutives et révolues qui commenceront à courir le trente septembre prochain pour finir le même jour à la fin des dites neuf années, au sieur AUDEBERT, meunier au moulin de Seguinou, commune de Mussidan, ici présent et acceptant tant pour lui que pour Jean AUDEBERT, son frère, aussi meunier et habitant ensemble.

Les intervenants : Pierre LACOUR fils qui a acheté le moulin comme bien national en 1794 et les frères AUDEBERT, meuniers à Mussidan. Le contrat est passé pour une période assez longue (9 années)

 

savoir, le moulin de Mauriac audit LACOUR appartenant, situé sur la rivière de l’Isle et sur la présente commune composé de trois meules tournantes, pressoir à huile, maillerie ou moulin à foulon, avec tous les … (instruments ?) dudit moulin, et aussi compris dans ce bail, la maison et édifice en dépendant, une chènevière et enclos au-devant du moulin, sauf de la parie qui est en jardin en suivant une allée du midi au nord, la partie réservée sera contre la rivière, plus tous les prés des îlots et l’étendue de quatre vingt deux ares trente quatre centiares (trois journaux, ancienne mesure de Neuvic) de pré. Dans le grand pré de Mauriac, plus une pièce de pré appelée de Leytant sous le dit lieu de Mauriac 

La description du moulin et de ses dépendances. C'est un très gros moulin qui est à la fois moulin à farine, moulin à huile et moulin à foulon . Sans doute deux meuniers ne seront pas de trop pour le faire fonctionner..

 

ce bail est fait aux charges et conditions ci-après, le preneur en sera sujet à aucune imposition directe pendant la durée du bail, elle sera au contraire à la charge du propriétaire.

Entretien et réparation des tournantes et travaillantes en général tant des moulin et pressoir que des foulons seront faites en commun entre le propriétaire et le fermier c’est-à-dire que ce dernier nourrira les ouvriers et le propriétaire les paiera lorsqu’ils ne seront pas nourris le salaire payé par moitié, à la charge par le propriétaire de conduire les bois sur place. Les grapettes et pivot ou … (pinceur ?) du foulon ainsi que le pivot ou nadillier des meules du moulin seront pour entretien à charge du propriétaire.

Tout le foin qui se fera sous les chevaux du fermier ou dans les barrières du moulin appartiendra au propriétaire … par lui fournissant la litière. Il sera libre au propriétaire de faire pacager son cheval dans les prés attachés au moulin et compris dans le bail, seulement après la récolte.

… tous les aubiers appartiendront au propriétaire, chaque année il appartiendra seulement au fermier et pendant le bail, le curage des arbres qui sont sur les parties comprises dans ce bail toujours au moins endommageable et sans pouvoir jamais endommager, couper aucun arbre …

Le propriétaire sera libre de faire des visites dans les dits moulin et bâtiments chaque fois qu’il lui plaira.

La pêche du pas sera toujours commune entre le propriétaire et le fermier et pour moitié tant pour le produit que pour la dépense et la pêche ne pourra jamais être faite qu’après un avertissement verbal et respectif 

Le bateau du moulin demeurera commun pour l’usage du propriétaire et celui du fermier ; il en sera de même pour son entretien mais jamais le fermier ne pourra en disposer que pour l’usage du moulin et son utilité particulière sans le consentement exprès du propriétaire, lequel, de son côté, ne pourra jamais être empêché de s’en servir à toute heure, en tous temps et pour quelque cause que ce soit.

Le propriétaire se réserve huit jours dans l’année soit consécutifs, soit distincts, en temps et saison qu’il lui plaira pour ouvrir le pas ou pour tout autre besoin, sans que le fermier puisse s’y opposer ni prétendre aucune indemnité en raison de la chaume du moulin ; les frais de dégravure ( ?) de la diffuge ( ?) seront communs et par moitié entre le propriétaire et le fermier.

 

Les impôts sont à la charge du propriétaire, alors que l'entretien et les réparations seront réparties par moitié. Le propriétaire conserve des avantages sur le foin, les prés et les aubiers et... droit de visite. Le droit de pêche ainsi que l'usage du bateau restent communs

Par contre le propiétaire garde le droit d'ouvrir le pas, ce qui a pour effet d'arrêter l'arrivée d'eau au niveau du moulin et donc de suspendre son activité. Quelle était la raison d'une telle clause?

 

Le bail est encore fait moyennant la somme de quinze cent cinquante francs chaque année plus trois sacs de froment, deux de méture, trente kilogrammes d’huile de noix, quatre paires mâles canards, six paires de poulets, une paire de chapons et douze douzaine d’œufs payables, savoir les quinze cent cinquante francs en deux fois, le premier à échoir le jour de Noël prochain, le second le jour de la St Jean, le froment et la méture ainsi que l’huile exigible ledit jour de Noël, les canards par tout le mois de novembre, les chapons au carnaval, les poulets et les œufs dans le courant de l’année ; tous ces derniers articles en revenu sont évalués aux fins de l’enregistrement à la somme de cent cinquante francs.

 

Le bail n'est pas seulement payable en nature, mais aussi moyennant une coquette somme d'argent, ceci peut être à cause de l'importance du moulinqui assurait les transformations des grains en farine et des noix en huile, mais aussi qui pouvait fouler les étoffes. Les meuniers devaient recevoir des paiemants en nature pour la mouture des grains et le pressage des noix, mais par contre étaient sans doute payés en espèces par les tisserands et les marchands drapiers pour le foulage des étoffes. Et comme le moulin était assorti de dépendances, les canards, poulets oeufs et chapons ne sont pas oubliés....

 

On peut noter que ces conditions de bail sont assez différentes decelles rencontrées dans le contrat d'afferme du moulin de la Veyssière, peut être à cause de la différence de période, mais aussi et surtout de part la différence de type de moulin.