La langue d'oc (ou occitan) prend naissance au début du Moyen Age et devient une des grandes langues de la culture européenne. 
Les Troubadours la font connaître largement dans toutes les cours importantes de ce temps et ils contribuent à lui donner ce statut de langue écrite, de langue littéraire qui lui permettra de se conserver quasi-intacte jusqu'à nos jours.

L'occitan que nous appelons ici "le patois " est dit " nord-languedocien " depuis le sud du Sarladais jusqu'à la Vézère et " limousin " au nord de celle-ci. Ici, l'occitan était la langue de tous il y a seulement 80 ans de ça. La génération de nos aînés octogénaires natifs du Périgord, a appris le français à l'école, car chez eux on ne parlait qu'occitan.

En mille ans d'existence, la langue d'oc a ainsi façonné les gens de ce pays mais aussi le pays lui-même. La quasi-totalité des noms de lieux (la toponymie) font partie du lexique occitan et s'expliquent par ses évolutions.  Par exemple : La Garrigue, La Cassagne, Le Pech, … Les noms de famille eux aussi sont à grande majorité d'origine occitane : Delpech, Trémouille, Bouyssou…

De nos jours, beaucoup de Périgourdins comprennent encore le patois et un renouveau de la langue occitane s'est établi sous l'impulsion d'associations comme la Felibrige et le Bournat. La langue est maintenant enseignée

Parlatz patoés? C'était toujours la question que l'on posait à un "étranger" dans un village ou sur un marché, et ceci encore dans la deuxième partie du XXème siècle. L'occitan était la langue du pays. Longtemps elle fut la seule langue parlée en Périgord. L'utilisation obligatoire du français à l'école, fit petit à petit disparaître l'usage du patois.

 

Voici un joli texte, témoignage de Jean-pierre Meynard

Lors de mes promenades, Il m’arrive parfois d’entendre, à la cafourche de chemins forestiers ou à la croisée de deux ruelles d’un hameau perdu au fond de nulle part, des sons que je croyais enfouis à jamais dans la profondeur de ma mémoire.

Qui donc parle ainsi ?

M’approchant doucement pour ne pas rompre l’émotion qui s’empare de moi, j’avance lentement, et là surprise : deux ou trois personnes conversent dans une langue étrange que je reconnais aisément.

Je m’approche et ose un :

- Bounzour, coumo quo vaïe ? (Bonjour Comment ça va?)
- Quo vaïe et tu moun pitit ? (Ca va et toi mon petit?)

Mais oui ! C’est la langue de mon enfance, mon patois, mon cher patois celui de mes parents, de mes grands parents et de tous mes ancêtres, de mes voisins disparus : les voilà, lou Paul, lou Fronchois, lou Léo, L’Andréa, lo Gustino, lo Bertho, lo Louizo, l’André, lou Zojè…et d’aoutray encoro … (le Paul, le François, le Léo, l’Andréa, la Gustine, la Berthe, la Louise, l’André, le Joseph et d’autres encore)

Et soudain comme par magie, une flopée de sons gutturaux ou chuintants, avec leurs non dits, leur musicalité sensuelle ou glacée envahit mon âme….

Je revois les veillées près du « cantou », les foins et les battages dans la poussière et la chaleur de l’été, les vendanges dans les premiers frimas de l’automne, j’entends à nouveau les chants des vendangeurs et des faucheurs et même la cacophonie autour de la forge les vendredis, les cris des bucherons dans les bois abattant quelque chêne ou hêtre pour le feu de l’hiver !

Je ressens sur ma joue la gifle que me donna ma première maîtresse en ...1947 lors de ma première journée de classe, parce que j’avais répondu en patois à une de ses questions !

Patois alors interdit dans les écoles toutes acquises à l’usage du français qui peu à peu va le supplanter et jeter dans l’oubli un élément majeur de notre patrimoine, malgré les efforts de quelques uns pour le faire revivre aujourd’hui…..

A què pencha tu, ché bè schériou ! me demande l’un de mes compagnons de rencontre. (A quoi penses-tu ? tu es bien sérieux)

A rè, t’inquiéta pas, allez, bouno zournado (A rien, t’inquiète pas allez, bonne journée).

Et heureux je reprends ma promenade….

Ces rencontres se passaient dans le village natal de Jean-Pierre, Villeverneix près Neuvic, et l'école est celle de Neuvic.
Les mots en occitan ont été écrits phonétiquement pour une meilleure lecture.