Lors de mes promenades, Il m’arrive parfois d’entendre, à la cafourche de chemins forestiers ou à la croisée de deux ruelles d’un hameau perdu au fond de nulle part, des sons que je croyais enfouis à jamais dans la profondeur de ma mémoire.
Qui donc parle ainsi ?
M’approchant doucement pour ne pas rompre l’émotion qui s’empare de moi, j’avance lentement, et là surprise : deux ou trois personnes conversent dans une langue étrange que je reconnais aisément.
Je m’approche et ose un :
- Bounzour, coumo quo vaïe ? (Bonjour Comment ça va?)
- Quo vaïe et tu moun pitit ? (Ca va et toi mon petit?)
Mais oui ! C’est la langue de mon enfance, mon patois, mon cher patois celui de mes parents, de mes grands parents et de tous mes ancêtres, de mes voisins disparus : les voilà, lou Paul, lou Fronchois, lou Léo, L’Andréa, lo Gustino, lo Bertho, lo Louizo, l’André, lou Zojè…et d’aoutray encoro … (le Paul, le François, le Léo, l’Andréa, la Gustine, la Berthe, la Louise, l’André, le Joseph et d’autres encore)
Et soudain comme par magie, une flopée de sons gutturaux ou chuintants, avec leurs non dits, leur musicalité sensuelle ou glacée envahit mon âme….
Je revois les veillées près du « cantou », les foins et les battages dans la poussière et la chaleur de l’été, les vendanges dans les premiers frimas de l’automne, j’entends à nouveau les chants des vendangeurs et des faucheurs et même la cacophonie autour de la forge les vendredis, les cris des bucherons dans les bois abattant quelque chêne ou hêtre pour le feu de l’hiver !
Je ressens sur ma joue la gifle que me donna ma première maîtresse en ...1947 lors de ma première journée de classe, parce que j’avais répondu en patois à une de ses questions !
Patois alors interdit dans les écoles toutes acquises à l’usage du français qui peu à peu va le supplanter et jeter dans l’oubli un élément majeur de notre patrimoine, malgré les efforts de quelques uns pour le faire revivre aujourd’hui…..
A què pencha tu, ché bè schériou ! me demande l’un de mes compagnons de rencontre. (A quoi penses-tu ? tu es bien sérieux)
A rè, t’inquiéta pas, allez, bouno zournado (A rien, t’inquiète pas allez, bonne journée).
Et heureux je reprends ma promenade….